Mon histoire
Il est 16h dans mon petit studio de la rue de Siam à Brest. Depuis trois heures, je tatoue une manchette sous mes mains. La peau est rouge, chaude, la lymphe perle par endroits. C’est le quotidien de notre métier. Mon client serre les dents. Ce client, c’est mon mari, Éric. Je profite de cette séance sur lui pour tester un produit qui m’intrigue.
Je passe une noix de cette mousse. Il souffle, ses épaules redescendent d’un coup : « Waah, ça fait du bien ! » Je lui demande de continuer l'application les jours suivants. Cinq jours plus tard, sa peau est déjà parfaitement cicatrisée.
Ce jour de janvier 2014, je ne le sais pas encore, mais je viens de trouver ce que je cherchais depuis quatorze ans. Intuitivement, je sais que ce produit va tout changer.
Du graphisme à l'aiguille
Mon parcours n’a rien de linéaire. Après des études aux Beaux-Arts et en graphisme publicitaire, j’ai mis ma carrière entre parenthèses pour élever mes quatre garçons. L’envie de tatouer avait germé des années plus tôt au contact de tatoueurs parisiens, à une époque où ce métier restait fermé aux femmes.
Je m’y suis lancée quinze ans plus tard, sans mode d’emploi ni Internet. Ma seule ressource technique était une petite brochure en anglais sur le montage des aiguilles. Pour comprendre le métier, je suis allée à Nantes me faire tatouer par Riton, l’un des rares professionnels reconnus à l'époque. J’ai passé des heures à observer son geste et à apprendre. Le résultat était magnifique. Mais de retour chez moi, confrontée à une cicatrisation inconfortable à base de produits gras, j’ai compris qu’il me restait la moitié du métier à inventer : celle de l'après.
J’ai ouvert mon propre studio, seule tatoueuse de la région. J'y ai découvert une clientèle nouvelle, très féminine et souvent issue du monde médical, dont les exigences sur l’hygiène ont nourri ma pratique.
L'angle mort du métier
Au fil des années, une frustration persistait : le moment des soins. Les crèmes grasses de pharmacie ne suffisaient pas, l’inconfort restait et les résultats étaient inégaux. C’était l’angle mort de notre profession. Nous adaptions tous des produits existants, provenant d'autres secteurs d'activité, sans jamais traiter le problème à la racine.
Fin 2013, un ami me parle d’un laboratoire français. Une petite structure qui développe une technologie unique au monde, utilisée jusque-là en milieu médical. Intriguée, j’ai commandé mon premier flacon.
La naissance de Dermatattoo
Après le test réussi sur Éric, j'ai élargi les essais en séance. Mes clients étaient moins tendus, mes fins de journée simplifiées et les retours à quelques jours étaient excellents. J’avais enfin une solution solide.
J’ai contacté le laboratoire pour comprendre leur formule : une mousse de cristaux liquides, non grasse, qui forme un film protecteur invisible, respirant et hydratant. Je leur ai proposé d’adapter cette technologie spécifiquement au tatouage pour créer un soin dédié, dès le départ.
Nous avons construit un prototype, testé pendant plusieurs mois par des tatoueurs français expérimentés. De là est née la Dermatattoo 8.2 Tanaisie, notre produit phare. J’ai déposé la marque avec Éric, et l’aventure entrepreneuriale a commencé.
Et aujourd’hui ?
Attirée par de nouveaux horizons, j’ai rangé mes machines en 2019 après près de vingt ans de métier.
Mais je n’évolue jamais loin de la peau. Je continue de développer ces soins avec le même laboratoire, guidée par la même question : que manque-t-il au tatouage pour préserver sa qualité en toute sécurité ?
Dermatattoo n’est pas né dans un laboratoire coupé du terrain. Il est né de mon aiguille, de mes mains et de milliers d’heures de pratique. J’ai créé cette gamme pour offrir à la peau tatouée les soins que j’aurais aimé avoir tout au long de ma carrière.